Épisode 0 – Faisons connaissance
Bonjour et bienvenue dans Blooming Companies.
Je m'appelle Katell Bosser.
Et avant de commencer, j'aimerais simplement te remercier d'être là.
Oui, si tu es d’accord, on pourrait se tutoyer.
Je te remercie parce qu'aujourd'hui, il existe des milliers de podcasts.
Des milliers de livres.
Des milliers de vidéos.
Et pourtant, à cet instant précis, nous partageons quelques minutes.
Je trouve ça magique et précieux.
Et vraisemblablement, la première chose à faire, c'est de t'expliquer pourquoi ce podcast existe.
En 2 mots : Nous allons parler d’économie régénérative.
Les Blooming Companies, les entreprises florissantes, sont celles qui produisent un résultat financier, du bien-être, qui régénèrent les ressources naturelles et préservent la biodiversité.
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Pour commencer nous allons faire un petit voyage dans le temps et dans l’espace.
J'ai grandi en Bretagne, entourée de nature. J'ai passé pas mal de temps dans les jardins de mes grands-mères, à observer les plantes pousser, à en déguster les cadeaux, à sentir les saisons se succéder, les choses apparaître puis disparaître.
À l'époque, je ne savais pas que ces observations allaient influencer ma manière de voir le monde.
Comme pas mal de personnes de ma génération, j'ai grandi dans une famille qui croyait au progrès, à la recherche, à la science. Cette idée que le progrès allait résoudre beaucoup de problèmes est très ancienne pour moi.
Mais quelque chose s'est fissuré. Pas cassé. Fissuré.
L'un des moments qui m'a particulièrement marquée a été le naufrage de l'Erika, à l’aube du nouveau millénaire. J'étais là.
Le pétrolier affrété par la compagnie Total a échoué et déversé sa cargaison.
J'ai vu les plages souillées. J'ai vu les oiseaux couverts de pétrole.
J'ai vu à quel point certaines de nos activités pouvaient produire des conséquences catastrophiques.
J’ai bien ressenti à quel point les conséquences n’effleuraient pas ceux qui étaient à l’origine du système.
Ca m’a renvoyé la question. Qu’est-ce qui, dans mon mode de vie affecte d’autres alors que je ne m’en rends même pas compte ?
Mais j’ai aussi vu que l’humain pouvait soutenir la nature.
Un patron de pêche a inventé un chalut anti pollution qui a pu être réutilisé ailleurs et limiter les dégâts d’autres marées noires
En septembre 2012, la Cour de cassation a confirmé la responsabilité de l'affréteur et validé le principe jurisprudentiel du préjudice écologique. Le groupe pétrolier Total a été condamné à payer une amende pénale pour avoir affrété un Cargo déliquescent. Les 192 millions versés ont permis de créer des réserves marines.
Cet événement a fait germer en moi une question qui ne me quitte plus depuis.
Comment participer à un monde plus vivant ?
Pendant longtemps, j'ai cherché.
Au début, c’était très embrouillé, teinté d’anxiété, de colère mélangée.
C’est une partie de ma vie au cours de laquelle je n’étais pas bien « alignée » comme on dit.
J’ai fait des mauvais choix professionnels, rencontré des personnes douteuses, pris des décisions absurdes. L’ambiance politique était catastrophique. La guerre au Kosovo, aux USA, l’élection de Georges W Bush.
En fait je faisais le deuil de mes idéaux, mais cela, je l’ai compris beaucoup plus tard.
Puis ma vie s’est un peu apaisée.
J'ai observé la politique et j’ai trouvé extrêmement difficile et long d’avancer avec des opposants qui vous braillent sous le nez en permanence. J’admire ceux qui s’engagent en politique car j’en serais incapable.
J’ai choisi un travail plus en accord avec mes valeurs, dans une entreprise locale, comme rédactrice en chef d’un magazine d’architecture.
Je faisait des éco-gestes tranquilles, sans militantisme particulier.
Puis ma fille est née et mon aventure dans le monde de l’entrepreneuriat a commencé.
Je n’avais pas formation économique, je n’ai pas fait HEC. Alors je me suis énormément basée sur mon interprétation du bon sens.
En 2008, en Suisse, avec mon bébé dans un bras et un business plan dans l’autre, j’étais un OVNI.
Alors j’ai tenté quelque chose de très exotique à l’époque.
Une association de femmes entrepreneures articulée autour de l’entraide.
L’association Suisse des Mampreneurs.
Pas un club de geignardes qui se consolent,
une association de professionnelles super qualifiées qui partagent leurs compétences pour avancer plus rapidement.
Je n’ai jamais entendu de plaintes.
J’ai vu des femmes s’ajuster à leur situation, à leur décision ambitieuse de tout choisir : une carrière épanouissante et une vie maternelle assumée.
Là où les hommes parlaient concurrence, on pratiquait l’entraide.
J’ai présidé l’association pendant 7 ans puis je l’ai transmise.
Elle existe encore et si tu es jeune maman et entrepreneure en Suisse, n’hésite pas.
A l’époque, je dirigeais une agence de rédaction.
Quand je l’ai créée en 2008, j’étais la seule dans ma ville.
Dans la progression de mes valeurs, j’ai peu à peu refusé de travailler pour certains clients, choisi d’autres avec beaucoup d’intention. Découvert Gunter Pauli « le Steve Jobs de l’économie durable », le mouvement « Cradle to cradle » et l’écoconception. J’ai pas mal creusé des sujets botaniques en rédigeant des textes sur les arbres remarquables, l’inventaire des variétés d’Iris.
Quand j’ai fermé l’agence en 2021, les copywriters Freelance grouillaient sur la toile et les premières rumeurs sur l’IA promettaient de renvoyer notre métier au passé.
Savoir renoncer au bon moment est une force.
L’été 2015, je suis partie en vacances en Grèce avec mon mari et mes enfants.
Dans ma valise, un livre de permaculture, parce que j’avais l’ambition de faire pousser des légumes sur mon balcon et un livre de finances parce que je veux faire évoluer la structure de l’agence.
Je passe d’un livre à l’autre et il se créée un feu d’artifice dans ma tête.
Si on applique les principes de la permaculture à l’entreprise, on pourrait bien faire disparaitre les inégalités sociales et résoudre les enjeux écologiques.
Je tente une synthèse. Le brouillon fait presque 700 pages. 700 pages de créativité brute sur l’économie au service du vivant.
En rentrant, mon mari est catégorique « Tu as passé les vacances enfermée dans la chambre à écrire au lieu de venir à la plage avec nous. C’est ok. Mais tu publies ».
Un an et pas mal de déboires plus tard, le livre « Blooming People, manuel d’abondance à l’usage des jardiniers de la vie » est en vente. C’est un petit guide, proche du développement personnel qui vise à ce que tout à chacun puisse mettre l’argent au service de sa vie.
3’000 ventes, une centaine de conférences, une communauté de plus de 10’000 curieux.
Peut-être que si tu écoutes ce podcast, c’est parce que tu m’as découverte à ce moment là.
Des entrepreneurs, hommes et femmes m’ont approchée.
« C’est étonnant ce que tu proposes, tu pourrais nous aider à l’implémenter ? »
Alors je suis devenue, je ne sais pas trop comment le nommer « Business coach », « Consultante », « Accompagnante de dirigeants bien inspirés ».
Sur mon profil Linkedin, j’ai écrit « Permacultrice d’entreprises florissantes ». J’ai du mal à le changer, parce que je ressens que je fais toujours la même chose. Je densifie les liens au sein de l’entreprise, avec son environnement, son territoire et je la regarde d’épanouir. Financièrement, humainement, écologiquement et tout un tas d’autres adverbes qui n’existent pas encore tous mais dont les effets sont clairement ressentis
Cette expérience m’a permis de valider une conviction.
L'entreprise est l'un des outils de transformation les plus puissants dont nous disposons aujourd'hui.
Une entreprise influence directement ses collaborateurs, ses clients, ses fournisseurs, son territoire.
Elle mobilise des ressources, elle peut diversifier, régénérer ces ressources.
Elle crée des emplois, une culture de travail qui va imprégner les employés pendant 8h par jour et avoir des répercussions sur leur vie familiale, associative, citoyenne.
Une entreprise façonne des imaginaires, raconte un futur, des progrès pas seulement technologiques. Elle produit des effets bien au-delà de ses murs.
J’en était là, permacultrice d’entreprises florissantes et autrice à succès.
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Puis en 2022, ma vie a amorcé un cycle digne d’une machine à laver.
Une séparation, le deuil d’une relation de 20 ans.
Des enfants qu’il faut préserver et accompagner.
Une opportunité inouïe : Travailler pour le Canton de Vaud, l’équivalent d’une région en France pour contribuer à la gestion d’un fond de soutien à l’économie durable doté de 25 millions. C’est un exercice complet, à l’échelle d’un territoire, avec des moyens, des freins, des soutiens. Des apprentissages ultra précieux, Une expérience extraordinaire à laquelle je vais souvent faire référence.
Mais dans le fait de redevenir salariée, il y a aussi travailler en équipe avec des personnes que l’on n’a pas choisies, dans un environnement politisé. Des réalités que j’avais oubliées.
On enchaine : déménagement et juste après risque d’expulsion, 15 mois de démarches administratives.
In fine, le logement est sécurisé, les voisins deviennent une petite famille d’adoption.
Il restait une dernière étape que je n’ai pas vu venir. Je la surnomme l’essorage : la maladie, fin 2025.
Une peur viscérale, essentielle. Un abattement complet, un isolement comme j’en avais rarement connu. Et aussi des mains secourables, des réajustements, du lâcher-prise.
C’est cette maladie qui conduit au podcast que tu écoutes, au projet et à tout ce que nous allons partager.
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Mais revenons à nos entreprises, à ce qu’on leur demande ou pas.
Alors bien sûr, il y a entreprise et entreprise.
Il y a l’artisan et Nestlé. Ce ne sont pas les mêmes interlocuteurs.
Mais ils sont en commun de parler souvent de croissance et de rentabilité.
Plus rarement de vivant.
Exceptionnellement de beauté.
Parfois de transmission.
Presque jamais de régénération.
Je trouve que l’on sous-estime et qu’on sous-utilise complètement le potentiel des entreprises.
On leur demande uniquement de générer du profit financier alors qu’elle peuvent faire tellement plus.
Une économie peut contribuer à restaurer, renforcer et faire fleurir les écosystèmes dont elle dépend.
La nature.
Les territoires.
Les gens.
La culture.
Tout en restant financièrement rentable.
Cette idée profondément inspirante d’une économie régénérative m’anime viscéralement.
Je vois une économie qui ne cherche pas seulement à réduire les dégâts, à faire « moins mal » ni même à faire « Juste bien ».
J’entrevois une économie beaucoup plus ambitieuse.
qui ose placer l’humain, le « putain de facteur humain » au centre du dispositif, restaurer sa capacité d’agir, de créer, de contribuer.
Régénérer les relations humaines.
Et nous restaurer nous-mêmes.
a ressemble à une performance inatteignable.
Mon pari, c’est que ça peut être spontané.
Une femme enceinte ne s’applique pas pour faire le bon nombre de doigts de pieds à son bébé.
Un arbre ne s’épuise pas à faire toutes ses feuilles au printemps.
Je crois que beaucoup de personnes ressentent aujourd'hui une forme de fatigue.
Cette fatigue est liée à la vitesse.
À la complexité.
À la sensation que quelque chose nous échappe.
La solution ne peut pas être « encore plus complexe »
Et en même temps, je rencontre partout des femmes et des hommes qui ont envie d'agir.
Des entrepreneurs.
Des dirigeants.
Des artisans.
Des personnes qui se demandent :
"Est-ce qu'il existe une autre manière de faire ?"
Et c'est précisément ce que nous allons explorer ensemble dans ce podcast.
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Comment ça va se passer ?
Chaque mois, je te proposerai un nouveau chapitre.
Un épisode de fond pour explorer une idée.
Ce que tu écoutes en ce moment, c’est l’épisode zéro du chapitre zéro.
Celui où je me présente, où je t’explique de quoi on va parler et quelle forme ça va prendre.
Dans le chapitre 1, on parlera de processus créatif, comment nait une idée de business
Et à fortiori comment nait une idée de business régénératif.
L’épisode s’appellera « Une naissance, c’est déguelasse »
Et puis dans chaque chapitre, il y a aura une rencontre avec une personnalité inspirante.
Mais là, je dois te prévenir. Il va falloir accepter l’imperfection.
Mon planning est bouclé, je sais de quoi je vais parler avec qui.
Mais les gens ne sont pas toujours disponibles au moment où je le voudrais.
Alors la publication risque d’être un peu organique.
Il est possible que je publie l’interview 1 au milieu du chapitre 3.
Mais ça ne sera pas très grave parce que tu auras en tout temps la grille de l’enchainement des épisodes et quand tout sera publié, tout cela semblera très organisé et cohérent.
En attendant retient ceci : un épisode long tous les 15 jours.
Et puis il y aura aussi un format un peu particulier qui me tient beaucoup à cœur.
Un feuilleton. Comme dans les journaux de mon enfance où chaque journal du jour recelait le fragment d’un roman.
C’est un journal vocal sous forme de petits épisodes courts. Sans montage, à la volée-
Parce que je suis toujours très mal à l’aise à faire un sujet de fond en donnant l’impression de tout savoir sans rien faire de concret.
Parce que j'aurais pu me contenter d'interviewer des personnes passionnantes.
… Mais en réalité j'avais envie de me mettre moi aussi dans le laboratoire.
J'avais envie d'expérimenter.
D'apprendre.
De me tromper.
De partager ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien.
Tu vas donc pouvoir suivre en direct la création d'une entreprise que je suis moi-même en train de construire.
Une entreprise de fleurs.
Des fleurs un peu particulières, comme tu vas le découvrir
Et surtout, c’est un terrain d'expérimentation pour explorer ce que pourrait être une entreprise véritablement régénérative.
Je ne sais pas exactement où cette aventure va nous mener.
Et c'est peut-être ce qui la rend intéressante.
La nature ne fonctionne pas avec un plan détaillé sur cinq ans.
Elle avance par expérimentations.
Par ajustements.
Par interactions.
Par surprises.
J'ai envie que ce podcast ressemble davantage à un jardin qu'à un manuel d'instructions.
Un endroit où l'on peut observer.
Tester.
Réfléchir.
Partager.
Et parfois changer d'avis.
Si tu es ici, il y a de fortes chances que certaines de ces questions résonnent déjà en toi.
Peut-être que tu diriges une entreprise.
Peut-être que tu rêves d'en créer une.
Peut-être que tu cherches simplement une manière plus cohérente d'habiter ton époque.
Quelle que soit ta situation, j'espère que tu trouveras ici des idées, des rencontres et des pistes de réflexion utiles.
J'espère aussi que ce podcast te donnera envie d'explorer.
Car au fond, je ne crois pas que nous ayons besoin de héros parfaits.
Je crois que nous avons besoin de davantage de personnes qui osent expérimenter.
Qui osent essayer.
Qui osent apprendre.
Alors merci d'être là.
Et bienvenue dans Blooming Companies.
À très bientôt pour le premier chapitre.
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